Oxygène: pourquoi il manque en Inde et comment on le fabrique

Publié le 29/04/2021
AFP


Paris - Face aux insuffisances respiratoires provoquées par le coronavirus, les files d'attente de patients en détresse s'allongent en Inde et dans d'autres pays en développement pour tenter d'obtenir de l'oxygène médical, dont la disponibilité industrielle est loin d'être suffisante partout dans le monde.

- Pénurie d'oxygène en RD Congo, files d'attente devant les hôpitaux au Venezuela, spéculation sur les prix au Pérou, marché noir au Brésil. Depuis des semaines, les reportages des équipes AFP autour du monde le montrent cruellement: l'oxygène, vital pour sauver des malades du Covid en détresse respiratoire, dont le taux d'oxygène dans le sang baisse dangereusement, manque dans beaucoup de pays dits "à faible revenu ou à revenu intermédiaire", en Amérique latine, en Afrique, et aussi en Inde.

Bien qu'il soit vital pour un traitement efficace des patients Covid-19, l'accès à l'oxygène, facile en Europe et en Amérique du Nord, est limité dans ces pays en raison du coût, des infrastructures limitées et des obstacles logistiques, explique Unitaid, l'organisation internationale hébergée par l'OMS, chargée de centraliser les achats de traitements.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, un patient sur cinq souffrant de Covid-19 aura besoin d'oxygène.

 

En février, l'OMS estimait que plus d'un demi-million de personnes avaient besoin de 1,2 million de bouteilles d'oxygène par jour dans ces pays.

Unitaid chiffre ses besoins à 1,6 milliard de dollars pour l'achat de bouteilles pour les pays les plus pauvres cette année: "Une urgence mondiale qui nécessite une réponse mondiale".

Selon l'organisation, les principaux défis portent sur une vingtaine de pays, dont le Malawi, le Nigeria et l'Afghanistan.

Il y a deux grands types de production d'oxygène:

- Oxygène médical: on peut l'obtenir en séparant les gaz contenus dans l'air. Celui-ci est composé à 78% d'azote, 21% d'oxygène et 1% de petites molécules type argon ou hélium, rappelle à l'AFP Régis d'Hérouville, directeur général d'Air Liquide Santé France, filiale du groupe français de gaz industriels.

On isole l'02 (oxygène) de l'air après compression, filtration et purification. Il est ensuite soumis à des règles strictes d'analyse et de traçabilité garanties par un pharmacien. Concentré à plus de 99,5%, c'est un médicament.

On le transporte sous forme condensée, soit liquide, dans des containers isolants, à une température inférieure à -182°C; soit sous forme gazeuse dans des bouteilles contenant de plus petits volumes.

"La livraison d'oxygène liquide est celle qui permet de répondre à des besoins et des variations de la demande les plus importants. Un litre d'oxygène liquide équivaut environ à 800 litres d'oxygène gazeux. L'oxygène peut aussi être délivré en bouteilles sous pression pour permettre la mobilité des patients. Dans ce cas, un litre d'oxygène gazeux à 200 bars correspond à 200 litres d'oxygène directement utilisable par un patient", explique M. d'Hérouville.

- Oxygène produit par concentrateur: c'est un oxygène concentré à 93% en général. Il est produit en temps réel par des équipements électriques portatifs qui extraient et purifient l'oxygène de l'air ambiant, ou par des unités plus conséquentes permettant d'alimenter des hôpitaux entiers.

"En l'absence d'infrastructures de production d'oxygène liquide, les concentrateurs sont utiles. Mais ils sont dimensionnés pour un besoin donné, ce qui leur permet difficilement de répondre à une augmentation de consommation subite et rapide d'oxygène multipliée par cinq, voire par six, comme on l'a vu dans certains hôpitaux français pendant la crise du Covid-19. En outre, ils sont très consommateurs d'énergie, avec des coûts de maintenance élevés", fait valoir M. d'Hérouville.

Hors Chine, les trois premiers fournisseurs mondiaux d'oxygène médical sont: l'allemand Linde allié au groupe américain Praxair, le français Air Liquide et l'américain Air Products.

Mais l'oxygène médical est surtout produit par énormément d'acteurs locaux et régionaux, car l'un de ses principaux problèmes est qu'il est difficilement transportable sur de longues distances.

Raison pour laquelle il est plus disponible dans les pays industrialisés: les unités de production ont été construites pour alimenter aussi d'autres secteurs que la santé, comme la sidérurgie et la chimie.

En Inde, des avions cargo ont commencé à livrer des camions-citernes d'oxygène là où il manquait. Un premier train "Oxygen Express" a été mis en service le 22 avril.

Au total, neuf conteneurs aériens chargés d'équipements, dont 495 concentrateurs, 120 respirateurs non invasifs et 20 respirateurs manuels seront envoyés cette semaine à l'Inde, selon le haut commissariat britannique à New Delhi.

Le ministère indien de la Défense a aussi annoncé importer d'Allemagne 23 unités mobiles de production d'oxygène.

La France a envoyé huit unités de production, et des containers d'oxygène liquéfié permettant d'alimenter jusqu'à 10.000 patients sur une journée.

La Russie a annoncé mercredi une aide d'urgence comportant notamment 20 unités d'équipement de production d'oxygène, et 75 respirateurs artificiels.

Mercredi aussi, le nombre de morts du coronavirus a dépassé les 200.000 en Inde, avec plus de 3.000 décès signalés en 24 heures pour la première fois, selon les données officielles