Océanographe: décryptage d'un métier pas comme les autres

Publié le 08/06/2021
MAP - Hajar Erraji

Rabat - Plonger dans l'océan, aux côtés des nudibranches multicolores, des gorgones, des poulpes et des araignées de mer, pour explorer ce monde miraculeux et étudier les espèces de faune ou de flore sous-marine ainsi que leurs milieux...l'océanographe, scientifique de haut niveau, à la croisée de plusieurs disciplines, effectue des recherches afin de mieux connaître les fonctionnements particuliers des océans et d'évaluer leurs ressources.



Nadia Aarab, océanographe marocaine installée en Norvège, jette la lumière, dans un entretien à la MAP, sur ce métier passionnant et revient sur ses différentes contraintes.

1- Quelles sont les missions d’un océanographe?

Au croisement de la biologie, de la géologie, de la météorologie et de la physique, l’océanographie est l’étude de l’océan et de la mer au sens large, tandis que l’océanologie se concentre sur l’exploitation des ressources et la protection de l’environnement marin.

Son travail consiste à étudier l'écosystème, à observer les élevages et à surveiller la pollution des fonds marins... En plus d'être un explorateur, il est aussi et surtout un chercheur !

Avec des équipements scientifiques exceptionnels : sous-marins, navires, engins de pêche, sondeurs ultra modernes, bouées connectées aux satellites, l’océanographe passe du temps en mer sur des bateaux océanographiques, presque un mois par an. Néanmoins, il est, pendant la majeure partie du temps, dans un laboratoire, souvent devant son ordinateur, soit pour préparer les campagnes en mer, soit pour les exploiter. L’activité principale consiste à traiter les données recueillies lors des expéditions sur des navires spécialisés.

Les domaines d'étude de l'océanographe concernent l'offshore pétrolier (zones de gisements d'hydrocarbures à des profondeurs croissantes), la santé et, de plus en plus, l'environnement du littoral (observation et surveillance des pollutions chimiques, microbiologie) et la gestion des ressources halieutiques (pêche, écosystèmes halieutiques, biotechnologies).

2- Quelle formation requise pour devenir océanographe?

Il faut d’abord réussir un baccalauréat scientifique, ensuite une licence pour personnaliser son parcours. L'océanographe est un scientifique qui applique son domaine d'origine à l'océan : tu peux être géophysicien, météorologue, informaticien, biologiste et conjuguer tes connaissances avec des recherches sur le milieu marin.

Pour se spécialiser, l’étudiant peut par exemple s’inscrire dans un master pro Sciences mention océanographie spécialité économie et environnement ou Master recherche sciences de la mer et du littoral mention géosciences océan.

Personnellement, je suis diplômée d’un Master de la Faculté des Sciences d’Agadir (1999) et d’un DEA du Centre d’Océanologie de Marseille (France). Je prépare mon doctorat en océanographie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) avec la collaboration de 32 laboratoires européens.

3-Quelles compétences particulières nécessaires pour être océanographe?

Les océanologues sont avant tout des scientifiques de haut niveau avec, la plupart du temps, une double formation. Ils doivent savoir rédiger, avoir une certaine habileté manuelle et technique, l'esprit d'équipe et des capacités d'adaptation. La connaissance de l'anglais et la maîtrise de l'informatique sont indispensables.

4-Débouchés?

L'océanographe peut être ingénieur ou chercheur pour des organismes divers. Il peut aussi travailler dans des secteurs comme la valorisation des produits de la mer, les constructions navales, les sociétés pétrolières, l’environnement, la santé, le tourisme…

5-Salaire?

Un océanographe débutant gagne environ 2.000 à 2.200 euros brut par mois.

6-Contraintes du métier?

Le milieu marin peut réserver de mauvaises surprises, une mauvaise visibilité peut devenir un paramètre stressant, ce qui peut vite dégénérer en accident. Le risque est également présent quand l’océanographe est amené à plonger dans un endroit méconnu pour lui. Je me rappelle, j’avais plongé, sans le savoir, dans une zone polluée dans la Méditerranée en Italie et j’ai fini par une méningite.

A l'instar de n’importe quel métier, l’océanographie présente certains risques, mais elle demeure un métier passionnant qui permet de contempler les miracles de la nature. Chaque expédition est une grande aventure!