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AFP | 17/01/2022

Chez Ibrahim Boubacar Keïta, ex-président du Mali décédé, l'heure de la tristesse



Bamako - Dans la résidence d'Ibrahim Boubacar Keïta à Bamako, où il avait été renversé du pouvoir par les colonels putschistes en août 2020 et là où il est décédé dimanche matin, le chien de la famille monte toujours la garde devant les nombreux visiteurs.


L'ancien président du Mali entre 2013 et 2020 est décédé à 76 ans, dans sa grande maison du quartier de Sebenicoro (sud-ouest de Bamako), ceinte de hauts murs blancs surplombés de dizaines de caméras et gardée - surveillée, disent certains - par des forces de l'ordre.

C'est dans cette même maison que le second mandat d'"IBK", comme on l'appelle au Mali, a pris fin le 18 août 2020, quand les forces spéciales du colonel Assimi Goïta sont venus l'interpeller. Il a démissionné quelques heures plus tard depuis un camp militaire, en direct à la télévision nationale.

Cette maison, devant laquelle les Bamakois passent souvent, sur la bruyante et souvent embouteillée "Route de Sebenicoro", a été la dernière demeure d'IBK depuis qu'il avait été autorisé à y habiter par les militaires désormais au pouvoir.

Dimanche, après l'annonce de son décès, de grosses cylindrées n'ont cessé d'y entrer. Ceux qui l'avaient connu, d'anciens ministres comme des proches, sont venus présenter leurs condoléances comme le veut la tradition musulmane.

Une fois passée la lourde porte de métal noire, le brouhaha de la rue laisse place à un calme serein. La résidence d'un disparu oblige calme et respect. Les visiteurs sont assis dans une cour où trônent plusieurs manguiers alourdis par leurs fruits, devant la porte du bâtiment.

Des chaises et des bouteilles d'eau attendent les arrivants, tous habillés des typiques et larges bazins pour les hommes, de boubous pour les femmes, voilées, qui patientent avant de pouvoir entrer.

"Etre musulman nous aide beaucoup à accepter de telles situations, comme tout bon croyant, nous disons que tout ce que Dieu fait est bon", dit Moussa Timbiné, ancien président de l'Assemblée nationale, très proche d'IBK.

Saluant un homme "de paix et de dialogue" dans un pays rongé par la guerre, M. Timbiné explique être là "pour vraiment prendre les dispositions pour l'accompagner à sa dernière demeure, être au chevet de sa famille, de ses enfants".

Derrière lui, un homme de son entourage sèche ses larmes. Une griotte (conteuse d'histoire en Afrique de l'Ouest) pleure à chaudes larmes à côté, répétant des louanges du disparu.

Un mur sépare cette première cour, là où tout un chacun peut venir présenter ses condoléances à la femme de l'ancien président, d'une seconde cour où le cercle politique rapproché d'IBK s'est rassemblé. Aucune caméra ne peut entrer dans la salle ronde où ils se recueillent.

Amadou Koïta, ancien ministre porte-parole du gouvernement sous IBK, en sort. Il salue "un homme qui avait le Mali chevillé dans le corps", mais aussi "un papa pour moi".

Ibrahim Boubacar Keïta, après des études d'histoire au Sénégal et en France, a toujours été un personnage majeur de la politique malienne. Ministre, Premier ministre, opposant, puis président: il aura occupé le devant de la scène durant plus de 20 ans.

"Le Mali a perdu une bibliothèque politique", résume Dramane Konaté, ancien coordinateur du club de soutien à IBK, dans la première cour de la maison.

Ibrahim Boubacar Keïta est le troisième ancien chef de l'Etat à décéder en moins de deux ans au Mali, après l'ancien dictateur Moussa Traoré (président de 1968 à 1991) et Amadou Toumani Touré (2002-2012), tous deux décédés en 2020.

Un autre homme politique de premier plan, l'éternel opposant à IBK Soumaila Cissé, est également décédé fin 2020.

La date des obsèques d'IBK n'a pas été divulguée.

La veille de son décès, son ancien ministre et désormais Premier ministre de la transition, Choguel Kokalla Maïga, critiquait avec véhémence à la télévision nationale la corruption ayant miné selon lui les mandats d'IBK.

Dimanche, nul n'a évoqué cette interview-fleuve, comme si les joutes politiques maliennes, âpres et violentes ces dernières semaines, laissaient place, le temps d'une journée, au deuil. "Que son âme reste en paix", a répété la griotte.





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